Par Hubert de Givenchy :

Ce texte est une traduction en français d'une version anglaise trouvée sur le site http://www.audrey1.com/articles/articles8.html, qui elle même est peut-être déjà une traduction. Il peut donc y avoir quelques différences par rapport à ce qu'avait déclaré Hubert de Givenchy.

J'ai eu deux grands privilèges dans ma vie. Avoir connu et avoir été l'ami de deux personnes remarquablement talentueuses : Cristobal Balenciaga et Audrey Hepburn. Chacune m'a donné quelque chose d'exceptionnel que je porte en moi encore aujourd'hui. En pensant à Audrey, je me rappelle l'extraordinaire attachement qui a existé entre nous. Elle était capable d'améliorer toutes mes créations. Et souvent les idées me venaient en pensant à elle. Elle savait toujours ce qu'elle voulait et à quoi elle aspirait. C'était comme ça dès le début.

J'étais occupé à travailler sur ma nouvelle collection, quand elle est apparue inopinément, la première fois à mon atelier de Paris.

On m'avait dit que Melle Hepburn était arrivée. J'avais immédiatement présumé que c'était Catherine Hepburn, que j'adorais. Me pressant pour la saluer, je me suis trouvé confronté avec une jeune femme habillée comme un Gondolier. J'ai été totalement stupéfié. Et encore plus stupéfié quand elle m'a demandé de créer des vêtements pour son prochain film, Sabrina. Malheureusement j'étais trop occupé pour cela. Mais sa façon charmante avait gagné, et j'ai suggéré qu'elle choisisse quelques vêtements de ma collection. Audrey m'a avoué qu'elle était tombée amoureuse de mes vêtements quand elle tournait en France Nous irons à Monte-Carlo (Monte-Carlo Baby), mais qu'elle avait été incapable de faire le moindre achat. Maintenant, Billy Wilder lui donnait la chance de compléter les costumes d'Edith Head avec des vêtements réels. Et elle voulait employer exclusivement les miens.

Après Sabrina, Audrey a demandé mes vêtements pour tous ses films contemporains. C'est ainsi que j'en suis arrivé à concevoir tous ceux qu'elle porte dans Drôle de frimousse (Funny Face), Ariane (Love in the Afternoon), Diamants sur Canapé (Breakfast at Tiffany's), Charade, Deux Têtes Folles (Paris – When it Sizzles) et Comment voler un Million de Dollars (How to Steal a Million).

Il y a une chose qui m'a frappé à son sujet, en plus de son charme et son élégance, c'était sa capacité à se faire aimer et admirer aussi bien des femmes que des hommes. Son image était unique. C'est une chose qu'aucune autre des grandes actrices a été incapable de créer elle-même.

Audrey était une personne très précise et professionnelle. Elle n'était jamais en retard et elle n'a jamais fait de caprices ou colères. À la différence de beaucoup de ses illustres collègues, elle ne s'est pas comportée comme une star gâtée. Elle savait exactement comment se forger une image forte et indépendante. Cela s'étendait naturellement à sa façon de s'habiller. Et elle portait toujours les vêtements créés pour elle, en y ajoutant quelque chose d'elle-même, un petit détail personnel qui améliorait le tout. Mais ce n'était pas seulement l'élégance qu'elle apportait. Elle améliorait l'impact de la conception entière.

Pour chacun de nous, la création de cette manière était un jeu que nous adorions. Nos idées se sont provoquées. Quand je lui ai demandé si je pouvais utiliser son visage pour la publicité de mon parfum, elle a immédiatement été d'accord. À cette époque, il était peu commun pour une actrice célèbre d'apparaître dans une publicité. Mais Audrey était parfaite, d'autant qu'elle était l'inspiration de ce parfum, que je lui avais dédicacé. Je l'ai appelé L'Interdit. Le parfum et sa bouteille sont restés inchangés à ce jour. Vraiment interdit à tout changement.

Aujourd'hui, Audrey aurait 70 ans. Et pour moi, c'est comme si elle était toujours là. Je ressens comme si elle s'était embarquée pour un long voyage dont elle sera de retour de jour. Parce qu'Audrey est une personne d'un intérêt infini, on ne peut jamais se fatiguer à parler d'elle. Ce qui me manque, cependant, se sont ses coups de fil qui avaient l'habitude de me sortir du blues. Même durant ses dernières années, quand elle voyagait beaucoup en tant qu'ambassadrice de l'UNICEF, je recevais souvent un de ses appels par surprise. Parfois c'était juste pour dire "Merci, Hubert. Je vous aime".